Préhistoire

September 5, 2017

 

Pour comprendre pourquoi j’ai appelé cette histoire « Hot Space » il faut revenir quelques années en arrière. « Hot Space » est, pour moi, un vibrant hommage aux années 80, et à tout son imaginaire de la Science Fiction dans lequel j’ai été bercé.

 

Alors c’est vrai : depuis la Danse des Canards, on est en droit de se dire que, dans  les années 80, il y a eu quand même de très lourds, très pénibles, et surtout, de très longs moments de médiocrité et de nullité....

 

Qui,  enfant dans cette période, n’a pas le fond rétinien encore endommagé par les collants fluos des séances d’aérobic  du dimanche matin ?

 

Pourquoi « Hot Space », alors ? Et en quoi Hot Space est-il, pour moi, si lié aux années 80 ?

 

Il faut que je me confie, et que je raconte un peu tout ce qui a pu se passer dans cette période, à mes yeux, et à mes oreilles.   Depuis 1976, j’étais scolarisé dans un pensionnat dans lequel je devenais de plus en plus malheureux, et depuis avoir pu voir Star Wars, quelque part en octobre 1977, la science fiction a toujours été pour moi un refuge. Si, au début, la science fiction était le monde de mes rêves, elle était devenue un monde  m’aidant à fuir  une école trop stricte pour moi, dans laquelle il était interdit de porter des blue-jean, et dans laquelle on déchirait en public les bandes dessinées, tout cela encadré par une prière le matin, et une prière le soir.

 

Je me noyais dans une forme de désespoir scolaire, et les mondes imaginaires étaient ma bouée de sauvetage. Peu de gens pouvaient voir cela, et rétrospectivement, je me dis que quelques grandes personnes comprenaient cette fuite dans cet imaginaire. Mon oncle Michel me faisait lire des encyclopédies sur la science fiction qui respiraient bon les années 70, pourtant pas si lointaines, ma mère m’avait offert  des mensuels retraçant les aventures de Perry Rhodan en bande-dessinée (elle a arrêté de me les acheter lorsqu’elle a pris la peine de les ouvrir), et mon père, plus sensible que ce que je supposais, m’offrait « A la poursuite des Slans » de Van Vogt, le premier livre de science fiction que j’ai lu.

 

J’étais toujours dans un univers rêvé de la science fiction. J’idéalisais mes mondes imaginaires et futuristes, en redoutant que cette même science fiction puisse avoir une part sombre : j’étais effrayé par la série Cosmos 1999, et « Alien, le huitième passager » était l’archétype de ce qui me terrorisait dans la science fiction... Même la bande dessinée de ce film me fichait une frousse bleue !  

 

En 1980, non seulement je voyais l’Empire Contre Attaque, mais en plus déboulait sur la radio, qu’on avait offerte à mon frère (un poste mono Schneider), « Ashes to Ashes » de David Bowie... Bien que je ne connaissais rien au rock and roll, je ne peux  que confirmer ce que les critiques musicaux disent aujourd’hui de ce titre : il annonçait la brutalité et la violence du réalisme des années 80. Je rajoutais cette chanson, et surtout le nom de cet interprète, dans le panthéon de mon imaginaire, tellement l’univers  sonore correspondait à l’état de mon lointain intérieur à ce moment de mon existence, jurant de surveiller ce chanteur que je ne connaissais pas.

 

Peu de temps après, au début de l’année 81, on m’emmenait voir le kitchissime « Flash Gordon », dont la musique était composée par Queen.  Je n’y ai vu que du feu : du bout de mon enfance, tout ce que j’espérais de la science fiction était là, avec, en plus, une bande son qui m’avait complètement secoué, et plongé dans le récit... Je rajoutais donc Queen dans la liste des musiques que je voulais acheter (ou faire acheter à l’occasion d’un anniversaire ou d’une fête de Noël).

 

Mais il ne faut pas oublier un point important : tout cet imaginaire était ma bulle spatio-temporelle. Je n’étais pas de ce monde. Les années 80 ne voulaient rien dire pour moi, et encore moins les années 70. Tout ce qui comptait, c’était que je garde cette bulle-refuge vivante, me permettant d’échapper à un quotidien scolaire qui me déprimait de plus en plus... J’attendais donc les vacances d’hiver, au début de l’année 1982, convaincu que je resterai plus longtemps dans ce pensionnat.

 

Ma plus grande joie était lorsque l’on partait, par le train, en vacances à la montagne. On partait par train de nuit, au départ de la gare de Lyon, pour nous rendre dans les Alpes, un peu au dessus de Chamonix, à Argentières, à l’époque où cette ville était plus petite, et bien moins balafrée par le tourisme qui la gangrène actuellement. Ces vacances là étaient des purs moments d’émerveillement au quotidien pour moi, malgré le fait que je n’ai appris à skier que bien des années plus tard.    

 

Mais partir en vacances était aussi le synonyme d’une ultime souffrance : celle de monter dans la R16 de mon père, voiture blanche, qui avait le pouvoir de transformer le plus sage des enfants, en tentative de vomi permanente sur toute la durée du voyage. Afin de nous faire penser à autre chose qu’à un estomac qui cherchait à s'évader par la bouche, mon père mit la radio, et pour une fois, ne coupa pas la musique rock qui sortait du poste. J’écoutais un titre extrait du prochain album de Queen, chanté avec David Bowie. Le titre en question, c’était « Under Pressure ». Jamais une musique ne m’avait à ce point touché, et remué l’imaginaire.

Je partais en vacances en essayant de ne jamais oublier l’air de cette chanson. Quelques années plus tard, je retrouvais l’album dans lequel elle était. Il s’appelle « Hot Space ». Mais en 1982, cet hiver là, je partais en vacances, à la montagne, avec une super chanson qui parlait d’amour, apprenant dans le même temps que je ne resterai plus dans cette école : les années 80 venaient juste de commencer pour moi.  

Voila.

vous savez (presque) tout.  

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